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Textes !!

Lambeaux ...

le 23/06/2007 à 16h14
Un texte qui m'a beaucoup touché quand j'en ai pris connaissance en cours, et que j'aimerai  vous faire partager aujourd'hui ...

PS : La photo n'a rien a voir, c'était la soirée chez Marie-Lo, on a toutes et tous coiffé la perruque a Dalida !! lol



Charles Juliet - Lambeaux :

Tes yeux. Immenses. Ton regard doux et patient où brûle ce feu qui te consume. Où sans relâche la nuit meurtrit ta lumière. Dans l’âtre, le feu qui ronfle, et toi, appuyée de l’épaule contre le manteau de la cheminée. A tes pieds, ce chien au regard vif et si souvent levé vers toi. Dehors, la neige et la brume. Le cauchemar des hivers. De leur nuit interminable.
La route impraticable, et fréquemment, tu songes à un départ à une vie autre, à l’infini des chemins. Ta morne existence dans ce village. Ta solitude. Ces secondes indéfiniment distendues quand tu vacilles à la limite du supportable. Tes mots noués dans ta gorge. A chaque printemps, cet appel, cet élan, ta force enfin revenue. La route neuve et qui brille. Ce point si souvent scruté où elle coupe l’horizon. Mais à quoi bon partir. Toute fuite est vaine et tu le sais. Les longues heures spacieuses, toujours trop courtes, où tu vas et viens en toi, attentive, anxieuse, fouaillée par les questions qui alimentent ton incessant soliloque. Nul pour t’écouter, te comprendre, t’accompagner. Partir, partir, laisser tomber les chaînes, mais ce qui ronge, comment s’en défaire ? Au fond de toi, cette plainte, ce cri rauque qui est allé s’amplifiant, mais que tu réprimais, refusais, niais, et qui au fil des jours, au fil des ans, a fini par t’étouffer . La nuit interminable des hivers. Tu sombrais. Te laissais vaincre. Admettais que la vie ne pourrait renaître. A jamais les routes interdites, enfouies, perdues. Mais ces instants que je voudrais revivre avec toi, ces instants où tu lâchais les amarres, te livrais éperdument à la flamme, où tu laissais s’épanouir ce qui te poussait à t’aventurer toujours plus loin, te maintenait les yeux ouverts face à l’inconnu. Tu n’aurais osé le reconnaître, mais à maintes reprises il est certain que l’immense et l’amour ont déferlé sur tes terres. Puis comme un coup qui t’aurais brisé la nuque, ce brutal retour au quotidien, à la solitude, à la nuit qui n’en finissait pas. Effondrée, hagarde. Incapable de reprendre pied.
Te ressusciter, te recréer. te dire au fil des ans et des hivers avec cette lumière qui te portait, mais qui un jour, pour ton malheur et le mien, s’est déchirée.

Sardou ...

le 25/05/2007 à 22h16
Michel Sardou : Le bac G :

Vous aviez quoi ?
Dix-sept ans, dix-neuf ans ?
Vous me l'avez écrit mais je n'm'en souviens pas.
On hésite, on remet, on attend
Et la lettre se perd, mais vous savez tout ça.
Vous passiez un bac G,
Un bac à bon marché,
Dans un lycée poubelle,
L'ouverture habituelle
Des horizons bouchés.
Votre question était : "Faut-il désespérer ?"

Vous aviez quoi ?
Dix-sept ans, dix-neuf ans ?
Vous aviez un prénom mais je n'm'en souviens pas
J'aurais dû, j'aurais pu, certainement
Vous renvoyer dix lignes. Je n'l'ai pas fait voilà
J'étais je n'sais plus où,
Enfoncé jusqu'au cou
Dans ma vie personnelle,
Cette angoisse éternelle
Du déclin qui rend fou.

C'était avant l'été.
Vous aviez décidé
De visiter la France,
Laissant de préférence
Le hasard vous guider.
Votre question était : "Faut-il désespérer ?"

Vous aviez quoi ?
Dix-sept ans, dix-neuf ans ?
Vous me l'avez écrit mais je n'm'en souviens pas.
J'aurais pu, j'aurais dû, certainement
Mais j'n'ai même pas le temps
De m'occuper de moi.

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