Cela fait deux ans et demi que ous n'etes plus ensemble, il habitait en face de chez vous, dans les immeubles a cinq cent metres, et de chez vous, vous avez vu sur la fenetre de son appart. vous avez gardé l'habitude de regarder cette fenetre, a chaque fois que vous le pouviez, mais en ce moment...plus de lumiere! a t il demenagé? est il mort? panne d'electricité?
2 ans et demi, c'est long, mais ce n'est plus rien. Lui stewart chez Air France, moi comédienne, ca ne pouvait plus coller. Lui toujours a l'autre bout du monde, raccrochés par cartes postales et escales. Moi, dans les bras d'un autre tous les soirs sur scène pendant 6 mois. Ca n'a plus tenu. Pourtant, si on se souvient bien, tout avait bien commencé.
Il y a 16 ans, nous nous étions rencontrés lors d'un voyage a Venise. Autrement dit, coup de foudre obligatoire. Mais non, amour long et durable, disait-on quelques moi après. Tu n'étais pas attiré, j'étais déjà accro. Nous n'étions pas seuls dans ce séjour, tu te devais de respecter les règles, et je me devais d'en faire pareil. J'étais mineure et tu ne l'étais pas. Quelques mois plus tard, pourtant, tu t'es déclaré. Et j'ai dit oui, naïvement. J'en crevait d'envie. Tu avais rallumé quelque chose chez moi, malgré la distance qui nous séparait. Moi Clermont, toi Paris. Et puis j'ai déménagé, 1 an et demi plus tard, pour suivre des études au Conservatoire de Théâtre. Je crois que c'est totalement là que notre histoire a débuté. Avant, ce n'était que bribes d'amour, autant dire presque rien. Mais elles nous ont permis de résister aux coup durs, au décalage horaire et aux autres, qui n'y croyaient pas.
Puis, nous sommes repartis 2 semaines a Venise, lieu magique d'une rencontre inoubliable. La ville n'avait pas changé. La place Saint-Marc, le Rialto, Murano, les maisons colorées de Burano, et l'abbaye de Torcello étaient toujours des lieux intenses pour nous. Le carnaval venait de se terminer, les millions de cotillons lancés durant cette période étaient encore bien présents dans les rues. Les gondoliers attendaient les couples pour partir voguer sur les canaux vénitiens. L'occasion était trop belle de passer pour des amoureux normaux, nous nous sommes laissés tentés. L'hotel dans lequel nous étions descendus il y a plusieurs années avait un peu changé, mais pas tant que ca. La demi-heure de marche pour arriver place Saint-Marc était magique. A chaque coin de rue, nous apercevions quelque chose de nouveau, que nous n'avions pas remarqué la veille. Le Basilea se souvenait encore du groupe que nous étions, nous y avions laissé des traces indélibiles, ces parties de loup-garou auquel aucun de nous 2 ne participions, ces partie de Tarot que tu essayais de m'enseigner, ces jeux de cartes, ces discutions et ces copies a rendre. Je me souviens de ce bar ou nous avions voulu nous rendre le dernier jour de notre permier séjour, il était plein, mais quelque chose m'avait fait sourire : au dessus de la porte, il y avait marqué Absinthe, ou fée verte, je ne me souviens plus maintenant. nous étinos trop nombreux pour tous être assis, et certains sont rentrés a l'hotel, dont moi, et toi tu étais resté. Je me souviens ton regard quand je suis passée devant toi pour partir. Alors que nous rentrions, je regrettais amèrement d'avoir suivi mes amies pour rentrer.
Mais cela est loin maintenant. D'autres voyages nous ont emmené ailleurs. En Egypte, tu m'as demandé ma main, j'ai réfléchi pour finalement te dire le "oui" fatidique au Pérou, et nous nous sommes unis en Inde. Autant dire un tour du monde, ma carrière démarrait très bien, le tout Paris aclamait la pièce dans laquelle je jouais chaque soir. Quelques mois plus tard, je suis tombée enceinte, et 9 mois plus tard, 2 petites filles sont nées. Je me souviens, tu étais aux anges. 3 années plus tard, 1 garçon est né. Je me souviens, tu voulais reprendre ton boulot de prof d'anglais pour être plus proche de nous quand les jumelles sont nées. Je ne savais pas quoi te dire. Tu aimais énormément voyager, mais cela t'éloignait tout le temps de nous, tu y étais tellement attaché a nos enfants. Environ 1 an après notre 3ème enfant, je suis de nouveau tombée enceinte. Prématurément, une petite fille a pointé le bout de son nez. Tu as fini par reprendre ton boulot de prof, 1 mois après sa naissance. Tu l'aimais tellement, c'était ta préférée. Nous formions une famille géniale. Tout le monde nous enviait. Je me produisait dans des pièces de théâtres bien mises en scène et qui me plaisaient, ton métier de prof t'interessait de nouveau, tes élèves étaient curieux.
Puis, ce fut la chute. Je ne me souviens plus, ou plus exactement je ne veux plus me souvenir. Ca fait bien trop mal encore. Nous avions toujours gardé nos appartements séparés. Nous ne voulions pas perdre notre petite indépendance. Cela nous a préservé puis déchiré. Les enfants grandissaient entre nos 2 appartements. Je ne pense pas que ce soit l'amour que nous nous portons qui nous ait été fatal. Non, car il est toujours vivant, quelque part, dans nos coeurs.
Cela fait maintenant 2 ans, 6 mois, 3 jours que nous sommes séparés. Pas divorcés, mais juste séparés. Les enfants grandissent entre nous, un peu comme avant. Nos relations sont devenues juste amicales. Cette séparation nous permettait le doute, si jamais nous voulions nous remettre ensemble.
Et puis, depuis 2 semaines, plus de lumière chez lui. Bizarre. les enfants le réclament, et je ne sais que leur répondre. Il ne répond pas au téléphone. Aucune annonce de décès ou d'accident a son nom n'a été publiée dans le journal. Nos amis communs et ses amis ne savent pas ou il est parti. Les enfants sont inquiets, leur père leur manque. Le lycée ou il travaille ne l'a pas vu depuis 2 semaines. C'est inquiétant. Comme s'il s'était évaporé. Comme ca, sans raison apparente. Peut être refera t'il surface bientot, je l'espère.
Quoi qu'on puisse dire, il me manque, encore. Vous savez, ce déchirement du coeur quand l'être aimé est parti, même s'il n'est parti que chercher le pain, il n'est plus a vos côtés. C'est encore cela que je ressens. Et je sais que s'il lui était arrivé quelque chose, je le saurais. Ca fait cliché ? Ce n'est pas grave, c'est la vérité. Il est en vie, quelque part, c'est déjà ca, c'est déjà tellement.





